Des jachères pour les abeilles domestiques, mais n’oublions pas nos pollinisateurs sauvages !


Les pollinisateurs sauvages : qui sont-ils ?

Les pollinisateurs sont des insectes qui transportent le pollen chez les plantes entomophiles pour en assurer la pollinisation. Ils interagissent avec les fleurs lors de la recherche alimentaire, mais aussi lors de la recherche de partenaire sexuel ou d’un lieu de ponte. Cependant, la fécondation d’une fleur n’est pas systématiquement optimale pour chaque insecte car ce dernier doit être adapté morphologiquement à la plante pour être en mesure de la féconder. Quatre grands ordres d’insectes pollinisateurs existent.


Les Hyménoptères                                                                                                              



Cet ordre rassemble une grande diversité d’insectes avec les symphytes, les guêpes, les abeilles et les fourmis. Ils ne présentent pas toutes les mêmes capacités de pollinisation. Un grand nombre d’espèces se nourrissent sur les fleurs en prélevant le nectar. Plus particulièrement, la famille des Apoidae, comprenant notamment les abeilles, possèdent des caractéristiques morphologiques et comportementales très efficaces pour polliniser les fleurs. En effet, ils possèdent une langue plus ou moins longue pour rechercher le nectar en fonction du type de corolle que présente la fleur.
Deux catégories d’Apoidae existent :
  • les espèces polylectiques, comme le Bourdon terrestre (Bombus terrestris), capables de se nourrir  sur une large gamme d’espèces florales.
  • Les espèces dites oligolectiques quant à elles, sont spécialistes d’une seule espèce végétale. Ces espèces peuvent devenir monolectiques lorsqu’elles ne visitent qu’une seule espèce végétale déterminée.


La plupart des Apoidae se nourrissent de pollen. Des adaptations morphologiques et comportementales spécifiques à chaque espèce vont conditionner sa récolte et son transport. Différents types d’accumulation du pollen sur le corps des abeilles existe : « la plus primitive » est la récolte passive quand l’abeille vient récolter du nectar et accumule en parallèle des grains de pollen grâce à ses poils ramifiés présents sur la surface de son corps. L’autre méthode est dite active, car l’abeille vient spécifiquement chercher le pollen sur les anthères des fleurs. Cette récolte repose alors sur les traits morphologiques de l’abeille (Brosse, …).  

Les Diptères                                                                                                         

Cet ordre regroupe plus de 120 milles espèces dans le monde dont une partie se nourrit de pollen et de nectar, notamment les syrphes. Ces derniers sont reconnus pour être d’excellents pollinisateurs par leur diversité et leur abondance dans l’environnement.
Outre leur capacité de pollinisation efficace, certains syrphes sont aussi très utilisés dans la lutte biologique. En effet, certains syrphes dites aphidiphages, sont entomophages durant leur stade larvaire. Elles vont donc se nourrir d’autres insectes, particulièrement les pucerons, réputés pour être des ravageurs de grandes cultures. Leur présence au sein du champ va donc pouvoir réduire la pression de ces ravageurs sur les cultures et in fine, réduire/supprimer les insecticides utilisés pour lutter contre eux.








Les Lépidoptères                                                                                                                                                    


Les papillons sont caractérisés par une longue trompe leur permettant de récolter le nectar dans des fleurs à corolles tubulaires profondes, ces dernières étant moins soumises à la compétition avec d’autres insectes.




Les Coléoptères                                                                                                                                                  


Chez cet ordre, les espèces sont capables de polliniser, mais elles ne sont généralement pas assez bien adaptées pour polliniser efficacement. En effet, ils possèdent de courtes pièces buccales et sont relativement lourd. Leur pollinisation assez brutale aura donc tendance à causer des dommages aux fleurs et ils préféreront  des fleurs à larges inflorescences comme les Apiacées, les Achillées et des fleurs à large corolle comme les Renonculacées.




Favoriser les ressources florales… mais lesquelles ?


Adapter les espèces florales en fonction des espèces pollinisatrices                                                             


Les mélanges floraux dépendent d'une multitude de facteurs, notamment les traits fonctionnels des fleurs (i.e les traits physiques et chimiques qui caractérisent la plante). Cependant, ils sont encore peu pris en compte dans la conception des mélanges floraux. 

Actuellement, beaucoup de données sont déjà disponibles sur l'influence de la couleur, de la taille et le type de corolle. Par exemple, la couleur jaune aura tendance à attirer des pollinisateurs de type Syrphidae alors que la couleur bleue sera plus attractive pour certaines espèces d'abeilles.

A l'échelle d'un particulier, il devient alors plus intéressant de concevoir ses propres mélanges en sélectionnant des espèces florales plus attractives en fonction des pollinisateurs ciblés au lieu de semer des mélanges proposés sur le marché. 

Par exemple, si l'objectif de la jachère est de favoriser la lutte biologique pour son potager (i.e lutter contre les ravageurs des cultures au moyen d'organismes vivants), la conception du mélange floral se basera plutôt sur des fleurs attractives pour les Syrphidae (ex. fleurs à corolles jaunes/blanches en ombelle) et autres auxiliaires de cultures (ex. Coccinelles, chrysopes).
A l'inverse, si l'objectif de la jachère est de favoriser la présence de pollinisateurs, les fleurs sélectionnées pourront présenter des corolles plus diversifiées (plates, tubulaires,...) de couleur bleue/mauve.

Cependant, il est important de ne pas faire de généralités sur ces traits floraux. En effet, nous ne connaissons pas encore l'influence de tous ces traits, en particulier les traits chimiques (ex. odeurs florales) qui ont un rôle prépondérant dans l'attractivité des fleurs. De plus, certaines espèces pollinisatrices sont de type généraliste, et pourront donc polliniser une gamme de fleurs assez large dont les traits floraux peuvent être différents. A l'inverse, certaines espèces de type spécialiste ne polliniseront qu'une famille de fleurs ou une espèce florale précise. 
Certains sites/livres s’avèrent alors très utiles pour connaître les espèces florales à favoriser en fonction des pollinisateurs ciblés (ex. Biolflor, Atlas Hymenoptera,...).


Favoriser les espèces indigènes                                                                                                                     

Actuellement, de nombreux mélanges floraux sont proposés sur le marché. Cependant, ils présentent souvent des fleurs exotiques, sélectionnées parfois pour leur aspect "esthétique" et non pour leur caractère mellifère. Elles ne sont donc pas forcément adaptées aux conditions environnementales de nos régions. De plus, avec les nombreux problèmes déjà rencontrés avec les plantes exotiques envahissantes, il devient plus judicieux d'introduire dans nos jachères des plantes indigènes.
Le choix de sélectionner des fleurs locales, beaucoup plus adaptées à nos conditions environnementales, peuvent apporter aussi des bénéfices au niveau financier en récoltant directement les graines dans la nature au lieu d'aller acheter un mélange floral en magasin. 
Par ailleurs, certaines fleurs indigènes présentent des caractéristiques morphologiques spécifiques pour attirer certains  pollinisateurs présents dans nos régions.





Laisser pousser les "mauvaises herbes"                                                                                                             

Nuisibles pour la production agricole, les "mauvaises herbes" détiennent un rôle indispensable au maintien de la biodiversité. Malheureusement, la fragmentation/ disparition des habitats, la diminution des prairies naturelles, le désherbage systématique, l'utilisation d'herbicides... entraînent une régression de ces plantes et donc une diminution des ressources alimentaires des pollinisateurs. Or, certaines s'avèrent indispensables à l'alimentation de certains pollinisateurs qui ont co-évolués avec ces plantes. Certaines pratiques culturales (ex. agriculture biologique) tendent à favoriser leur présence. Cependant, elles peuvent être aussi favorisées à l'échelle du particulier, en laissant par exemple des bandes enherbées en friche.



Cas de l'ortie

Plantes détestées de nombreux jardiniers, l'ortie est une plante indispensable au maintient de différentes espèces pollinisatrices. En effet, de nombreuses espèces de papillons dépendent de cette plante pour leur reproduction puisque les chenilles s'en nourrissent.




L'ortie peut aussi abriter des communautés de pucerons. Ces derniers sont indispensables dans le cycle de vie de certains syrphes aphidiphages. En effet, ces derniers pondent leurs œufs près de populations de pucerons pour que les larves puissent s'en nourrir après éclosion.










Photos: Amy Clara
Amy Clara / amy.clara@orange.fr