Florian

La coquette et l'abeille

Chloé, jeune et jolie, et surtout fort coquette,
Tous les matins, en se levant,
Se mettait au travail, j'entendes à sa toilette,
Et là, souriant, minaudant,
Elle disait à son cher confident
Les peines, les plaisirs, les projets de son âme.
Une abeille étourdie arrive en bourdonnant.
Au secours ! Au secours ! crie aussitôt la dame:
Venez, Lise, Marton, accourez promptement.
Chassez ce monstre ailé. Le monstre insolemment
Aux lèvres de Chloé se pose.
Chloé s'évanouit, et Marton en fureur
Saisit l'abeille, et se dispose
A l'écraser. Hélas ! lui dit avec douceur
L'insecte malheureux, pardonnez mon erreur;
La bouche de Chloé me semblait une rose,
Et j'ai cru... Ce seul mot à Chloé rend ses sens.
Faisons grâce, dit-elle, à son aveu sincère:
D'ailleurs sa piqûre est légère;
Depuis qu'elle te parle à peine je la sens,
Que ne fait-on passer avec un peu d'encens ?


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La guêpe et l'abeille

Dans le calice d'une fleur,
La guêpe un jour voyant l'abeille,
S'approche en l'appelant sa sœur.
Ce nom sonne mal à l'oreille
De l'insecte plein de fierté,
Qui lui répond : Nous sœurs ! ma mie;
Depuis quand cette parenté?
Mais c'est depuis toute la vie,
Lui dit la guêpe avec courroux:
Considérez-moi, je vous prie,
J'ai des ailes tout comme vous,
Même taille, même corsage,
Et, s'il vous en faut davantage,
Nos dards sont aussi ressemblants.
Il est vrai, répliqua l'abeille,
Nous avons une arme pareille,
Mais pour des emplois différents.
La vôtre sert votre insolence,
La mienne repousse l'offense.
Vous provoquez, je me défends.